Dominique
Peysson

COULEUR MÉTAL

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Installation Performance, 19 novembre 2013, Paris
Dominique Peysson et Hsinli Wang
À la suite de la série d’oeuvres « Les Limbes » de Hsinli Wang

Eau, plexiglas, réchaud
Parallélépipède de 80X60X40cm, ESPGG
Apparition de personnages de buée dans le bassin transparent, à la fin de la lecture
Photographies extraites de la vidéo captée par Lia Giraud au cours de la performance
À la suite de la série d’œuvres "Les Limbes (La Buée)" de Hsinli Wang
Dans le cadre du programme DiiP/EnsadLab, avec le soutien de PSL

 

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Couleur Métal, détail

 

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Apparition de la buée après la lecture du texte

 

Comme dans une boule de cristal, des images surgissent de rien. Mais pas pour lire l’avenir : n’apparaissent pour masquer la transparence que les spectres lumineux de nos rencontres du passé. Les silhouettes sont ébauchées : à chacun d’y projeter des personnes de sa connaissance. Une fois la performance terminée, la vapeur d’eau continue à saturer l’air. Les surfaces se chargent en gouttes qui s’écoulent. Les dessins auparavant très nets se dégradent rapidement. Puis disparaissent. Ne restent plus que les gouttes sur les parois qui ont repris leurs droits et s’assemblent à leur gré. L’instant magique, éphémère, est passé. Tout est retourné à l’eau.

 

Couleur Métal

La soupe qui bout travaille en sourdine derrière. Le temps s’arrête, un instant. Il fait bon. La nuit noire et du blanc, devant ; du blanc, lentement, se pose et s’épaissi.Elle ne distingue pas précisément les bâtiments. Des formes molles, un peu plus loin, immobiles d’abord, passent ensuite lentement tout près d’elle, éclairent la vitre pour quelques instants sur toute sa surface, puis disparaissent dans un noir froid et visqueux. Lentement, d’abord à l’avant puis d’un coup sur toute la surface à nouveau, une autre lumière rejoint la nuit, et c’est le noir. Un temps. Encore, la lumière plein feu, puis s’étire, puis rien. Intervalle. Le temps est balayé par le bruit des essuie glaces, qui trainent et fatiguent. Le halo diffus d’une vitrine se stabilise. Une pause qui s’allonge et fixe les lumières. Le temps s’épaissi. Le rouge du feu se multiplie et marque les gouttes d’un point indécis mais précis. Des cercles concentriques se superposent. Une goutte sur le pare-brise cherche avec peine son chemin vers le bas, en lutte contre la force qu’exerce sur elle le verre. Autour : les autres, couleur métal, tentent de se joindre. Les cheveux contre la vitre effacent un peu et ouvrent sur du noir.Il faut s’abriter sous une feuille. La pluie tombe. Le poids des gouttes se fait de plus en plus dur. C’est étrange, maintenant on ne voit plus les rives. L’eau s’étend. Couleur gris métal qui s’épaissi sur la surface. Un insecte rebondi sous les gouttes. Quelque chose sur les feuilles qui flottent sur la surface sans cesse les fatiguent. Sous les feuilles se déroulent les tiges des plantes hydrophiles - Hydrophile se dit d’une plante qui est fécondée par du pollen transporté par l’eau. Sous l’eau, les fleurs hydrogames laissent le courant qui file les aimer. Emportées. Le plus fort est passé. Un temps. Doucement, puis rien. Des gouttes, précises, s’écoulent. Les feuillent perdent leur élan, la vapeur d’eau s’étire, puis se pose.Elle continue avec son doigt le dessin sur la buée du miroir et se voit par lignes au travers du tracé qu’elle refait, pareil, juste : son doigt est un peu plus épais, pareil à celui qu’elle faisait quand elle était enfant, juste : son trait est moins imprécis, trop sûr, les traits de son visage, qu’elle voit par lignes dans le miroir, ses traits eux sont plus lourds qu’autrefois.Elle est assise à l’arrière. Elle ne voit plus la rue, interminable, mais d’évanescentes apparitions qui dérivent avec lenteur, s’étirent puis disparaissent brusquement. Elle met son doigt sur la vitre, efface un peu pour voir parce qu’elle croit avoir reconnu quelqu’un. Elle voit qu’elle ne voit rien, il fait noir. Une goutte a marqué la place. Le tiroir n’est pas facile à ouvrir, très large et il lui faut reculer, rentrer le ventre, pour lui laisser la place. Dedans il y a les trésors de la cuisine : des élastiques, bouchons de liège, ustensiles aux manches rouges vif qui coupent et râpent, achetés à l’étalage, au marché. Plein de cure dents qui se sont faufilés partout et dégringolent. La soupe qui bout continue à bouillir. Les vitres, devenues blanches, la protègent. Elle réfléchi, et finalement sort le tire-bouchon, un couteau plat et une petite fourchette aux dents désaccordées. Elle les dispose sur la table, et commence son histoire.