Dominique
Peysson

POSSIBILITÉ D’UNE ÎLE

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2014
Dominique Peysson

Sable, gouttes d’eau

 

possibilité d’une île 1
002
Exposition *Water At Work*, 10-13 décembre 2014

 

« Possibilité d’une île » est une œuvre-fiction… La mise en scène d’un retournement de la réalité, comme un gant.
Lorsqu’on regarde de près une goutte d’eau, l’image est inversée : le ciel est en bas, le sol en haut. Un tout petit monde, prisonnier de la goutte, est à l’envers exactement. Un peu comme ce que l’on voit dans une boule de cristal, si l’on y cherche une prolongation de notre monde dans l’avenir… Possibilité d’une île est inversé de la même manière… Une goutte d’eau est posée de manière improbable sur le sable, tranquille. Elle n’est pas absorbée par les grains comme elle devrait l’être, si tout était dans le cours normal des choses. Elle repose, fragile mais déterminée, refusant l’impératif des lois physiques de ce monde. Le monde à l’envers : le sable la refuse (peut-être), ou bien elle est plus forte que son pouvoir d’attraction, on ne sait pas. Elle reste, présente, oubliant même de s’évaporer dans sa volonté d’être là, avec insistance. Toute petite, à peine plus grosse qu’un grain du sable qui la porte, mais si petite justement, seule, par rapport au vaste nombre des grains qui la portent, qu’on ne voit qu’elle. Et c’est peut-être parce qu’elle est là que l’on peut imaginer la possibilité d’une île. C’est parce qu’elle repose sur ce sable, sans y disparaître pour n’être plus, que par un processus d’inversion il nous devient possible d’imaginer le sable porté par l’eau sans y sombrer. Si l’eau est repoussée par le sable, inversement le sable est repoussé par l’eau. Il devient possible d’imaginer que chaque grains de sable, prenant acte de cette démonstration de puissance, de cette force intérieur de la petite goutte, pourra refuser l’eau, et se maintenir en sa surface. Et c’est à partir de chacun de ces grains de résistance, refusant chacun l’attraction de l’eau, que l’île pourra se poser sur les flots. Une île à fleur de peau, fragile, mais déterminée. L’île n’existe pas : elle est l’image inversée de cette petite goutte que nous pouvons y voir, si on la regarde de près tout près, comme dans une boule de cristal, pour y voir une prolongation du monde.

 

Le sable absorbe fortement l’eau : dès qu’une goutte est déposé sur le sable, elle disparaît ; Ce sont les forces capillaires qui attirent l’eau dans une relation à toute petite échelle. Dans ce travail, le sable a été transformé : il a été rendu fortement hydrophobe. Il repousse l’eau et l’eau le repousse. Les lois habituelles de la physique sont donc transformées, et nous passons dans un autre monde. Quels seront alors les nouveaux comportements des éléments mis en relation dans ce monde? Quels autres mondes pourront alors être possibles ? Ne pouvons-nous pas agir sur le monde nous aussi, en refusant de nous laisser engloutir par les forces de l’habitude, due la pensée unique ? Inventer d’autres lois, plutôt que ce suivre les voies préétablies? Et créer notre île, notre petit monde, fragile mais déterminé ? ****

 

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